Quand et comment va-t-on sortir du confinement ?

Ralentissement de l’épidémie, baisse du nombre de malades en soins intensifs, dépistage massif… De nombreux paramètres permettront de déterminer la date et les modalités de la sortie du confinement. Tour d’horizon des différentes pistes.

« La sortie du confinement sera progressive », a affirmé le Premier Ministre, Edouard Philippe, sur TF1, jeudi 2 avril. Les mesures de restriction de sortie sont censées durer jusqu’au 15 avril, mais tout porte à croire qu’elles seront de nouveau prolongées. Les chiffres du coronavirus en France, toujours en progression, ne plaident pas en la faveur d’un retour à la normale dans les prochains jours.

Dans l’hypothèse où on sortirait trop rapidement du confinement, le risque de deuxième vague de coronavirus serait grand. Car le virus est toujours là, présent, au sein de la population et ailleurs dans le monde. Il paraît évident aujourd’hui qu’on ne pourra pas « retrouver notre vie d’avant » du jour au lendemain.

La fin (temporaire ?) des voyages internationaux massifs

Qu’elle paraît loin, l’époque où on pouvait réaliser 200 000 vols en une seule journée. A cause du coronavirus, la moyenne quotidienne ne cesse de chuter, se situant aujourd’hui à 70 000, dont la moitié de vols commerciaux. En pleine période de confinement dans la moitié du monde, cela paraît malgré tout énorme. Les échanges internationaux favorisent aussi la transmission du virus, d’une zone sans restriction à une autre sécurisée, par exemple.

Pour combattre le retour du coronavirus via les transports internationaux, il y aurait donc deux leviers à actionner :

  • Dépister systématiquement tous les voyageurs provenant de l’étranger. Cela nécessiterait un nombre de tests considérables. Si le voyageur est positif, il sera nécessaire de l’intégrer dans une zone de confinement, le temps que ses anticorps se développent. Pour les avions et les trains, cela ne devrait pas poser de problème à condition d’avoir le nombre de tests suffisant. En revanche, pour les transports routiers, cela semble plus compliqué. Contrôler chaque automobiliste ou camion passant la frontière nécessiterait des moyens logistiques considérables, sans compter les embouteillages monstres que cela pourrait générer.
  • Fermer les frontières physiques, du moins partiellement. Limiter le nombre quotidien de vols, de trains, mettre des contrôles à chaque route frontalière. Cette solution, qu’ont adopté un certain nombre de pays durant la crise actuelle, ne peut pas tenir sur la durée. Surtout, la fermeture ne peut pas être complète sous peine de bloquer importations et exportations, indispensables à la vie de chaque pays.

Le dépistage de « ceux qui sortent »

C’est l’une des pistes les plus commentées et les plus populaires du moment. Le dépistage sérologique massif de la population pourrait permettre de savoir qui est malade. Mais surtout il permettrait de savoir qui a eu le coronavirus, et est ainsi immunisé et inoffensif pour les autres grâce aux anticorps développés. Ceux-ci pourraient ainsi sortir comme ils le souhaitent, aller travailler, etc.

Le Ministre de la Santé, Olivier Véran, a indiqué vendredi 3 avril que les tests vont se multiplier dans les prochains jours. « Laboratoires hospitaliers, de ville, départementaux, vétérinaires, de recherche, de gendarmerie, de police » sont désormais autorisés à pratiquer le dépistage, a-t-il annoncé.

Le problème est la quantité de tests disponibles. Aujourd’hui, la France est capable de tester 30 000 personnes là où l’Allemagne peut vérifier la sérologie de 50 000 habitants par jour. Le Ministre de la Santé souhaite rejoindre le chiffre allemand d’ici la fin avril. En plus, « 100 000 tests rapides par jour«  pourront être pratiqués à partir du mois de juin, a affirmé samedi 28 mars Olivier Véran. Ce calendrier du Ministre donne une petite indication du moment où le déconfinement pourra être prononcé : on s’achemine plutôt vers une sortie du confinement possible en mai voire juin.

Le maintien à domicile des personnes fragiles

L’autre stratégie explorée à l’heure actuelle est celle actuellement employée aux Pays-Bas et en Suède. Les personnes les plus fragiles, âgées ou ayant des comorbidités, restent chez elles tandis que les autres vont travailler. Le taux de mortalité chez les personnes de plus de 70 ans approche les 10%, alors qu’il est plutôt autour de 1% pour les autres.

La présence en soins intensifs d’un grand nombre de malades est un facteur à prendre en compte. L’exemple de l’Italie montre qu’un système de santé saturé provoque un pic de la mortalité due à l’épidémie. La réduction du nombre de patients en réanimation est donc nécessaire avant de risquer une nouvelle vague de contamination. Un patient hospitalisé à cause du COVID-19 reste en soins pendant en moyenne trois semaines. Ce sont autant de lits non disponibles pour de nouveaux malades.

Une sortie du confinement par région

L’une des pistes évoquées au sommet de l’État est un déconfinement progressif par région. Certaines zones, comme le Grand Est ou l’Île-de-France, sont plus touchées que d’autres, comme la Bretagne ou le Sud-Ouest. Il serait ainsi envisageable de permettre aux régions les moins touchées de reprendre le travail.

Le traçage de la population

Le modèle de sortie de crise sud-coréen est pris en exemple. Avec seulement 10 000 cas positifs et 186 décès, le pays a réussi à maîtriser l’épidémie, sans doute grâce à son expérience du SARS en 2003. Mais si la Corée du Sud s’en est sortie presque indemne, c’est surtout grâce à un contrôle de la population minutieux. Recherche systématique des contacts des cas positifs grâce à un traçage des déplacements via les coordonnées GPS du smartphone, tests systématiques…

Une telle stratégie serait cependant difficilement compatible avec la législation française. Edouard Philippe l’a lui-même admis : « On pourrait peut-être, sur le fondement d’un engagement volontaire, utiliser ces méthodes pour mieux tracer la circulation du virus et les contacts mais nous n’avons pas aujourd’hui d’instrument légal et nous ne travaillons pas aujourd’hui sur des instruments qui rendraient obligatoire ce tracking », a-t-il indiqué.

La distanciation sociale partie pour durer

Si les mesures de confinement sont levées, ce n’est pas pour autant que la « vie normale » reprendra son cours. « Nous aurons encore à appliquer les mesures barrières, à être attentifs au lavage des mains, aux distances » au moins pendant « quelques mois », a insisté, mercredi 1er avril, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, interrogé par France Info.

Des chercheurs de l’Université d’Harvard ont même estimé que la distanciation sociale pourrait être nécessaire jusqu’en 2022 aux États-Unis en l’absence de vaccin ou traitement. Quoi qu’il arrive, les embrassades ne sont donc pas pour demain. Les grands événements encore moins. Les lieux de rassemblement massif, tels que les concerts, théâtres, stades, pourraient ainsi être les derniers à sortir de la crise.

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