L’immunité collective face au coronavirus : qu’est-ce que c’est ?

On en parle souvent comme l’objectif à atteindre en matière de lutte contre la pandémie de coronavirus : l’immunité collective. Qu’est-ce que c’est ? A quoi sert-elle et peut-on l’atteindre ?

Tous les scientifiques n’ont que ce mot-là à la bouche : l’immunité collective. Mais vous êtes en droit de vous demander ce qui se cache derrière cette expression peu usuelle, surtout qu’elle prend parfois d’autres noms : immunité de groupe, ou immunité grégaire, « herd immunity » en anglais. Dans tous les cas, elle cherche une chose : en finir avec la pandémie de coronavirus.

L’immunité collective contre le coronavirus : définition

L’exposition à un virus provoque dans le corps humain la création d’anticorps. Ce sont des protéines de défense qui vont lutter contre l’infection. Lors d’une première exposition à un virus, le corps va mettre un peu de temps à développer les bons anticorps. C’est ce qui explique les symptômes et l’installation de la maladie. Mais une fois que les anticorps ont réussi à chasser le virus, le corps garde en mémoire le mécanisme de création de ces défenses. Ainsi, la prochaine fois que le virus viendra toquer à la porte, les bons anticorps se déploieront très rapidement pour l’éliminer et l’empêcher d’infecter à nouveau l’organisme. C’est ce qu’on appelle l’immunité face à un virus.

Cette immunité devient collective lorsqu’une majeure partie d’une population donnée a créé ces anticorps. Le virus, privé de suffisamment de porteurs, n’arrive plus à se répandre assez vite et disparaît peu à peu. L’Institut Pasteur explique que le taux de la population qui doit être immunisée dépend du R0 du virus, c’est-à-dire le nombre moyen de personnes infectées par un malade. En ce qui concerne le COVID-19, le R0 se situe à 3,3, ce qui implique que 70% d’une population doit avoir des anticorps pour atteindre l’immunité collective face au coronavirus.

Pourquoi faut-il atteindre l’immunité collective ?

L’immunité collective permet de protéger l’ensemble d’une population contre le virus qui l’attaque. En stoppant sa propagation, on protège ainsi les personnes les plus fragiles. Notamment, lorsqu’un vaccin existe, la vaccination de masse permet de sauver ceux qui ne peuvent pas utiliser ce remède. Les nouveaux-nés, les personnes immunodéficientes, les personnes âgées, sont autant de populations qui ne peuvent pas se vacciner.

Comment atteindre l’immunité collective contre le coronavirus

Selon David Dowdy, professeur associé d’épidémiologie à la Johns Hopkins University, interrogé par le Time, il y a deux façons d’obtenir l’immunité collective : « La première est via le développement et la distribution de masse d’un vaccin. La seconde est via une augmentation massive du nombre de malades. » La première méthode dépend de la science et ne pourrait voir le jour au mieux qu’à la fin de l’année 2020, dans les scénarios les plus optimistes.

La seconde méthode, plus radicale, implique de prendre de grands risques pour sa population. Et la garantie de succès n’est pas là. Car si on est aujourd’hui à peu près sûr qu’une immunité existe lorsqu’on est infecté puis guéri, on ne sait pas à ce stade combien de temps elle dure. Elle pourrait durer plusieurs mois comme plusieurs années. Dans le cas de la grippe saisonnière, l’immunité ne dure que quelques mois, c’est pourquoi il est recommandé de se faire vacciner chaque année. Si l’effort pour obtenir l’immunité collective via une transmission généralisée du virus est anéanti au bout de quelques mois, le jeu en vaut-il la chandelle ?

Faut-il s’exposer au coronavirus pour accélérer l’immunité collective ?

« Au final, nous obtiendrons l’immunité collective, mais nous ne voulons pas qu’elle arrive rapidement. Il y aurait tant de morts », commente Gypsyamber D’Souza, professeur d’épidémiologie à l’École Bloomberg de Santé Publique de la Johns Hopkins University. Selon David Dowdy, « avoir 70% de la population immunisée contre le virus via une protection naturelle engendrerait des centaines de milliers de morts, donc ce n’est pas une bonne idée. »

Pourtant, nombreux sont ceux qui, dans le monde, appellent à être infectés volontairement. Un physicien de l’Université de Cincinnati a ainsi publié une tribune dans le Cincinnati Enquirer avec le titre : « Je veux que mes enfants attrapent le coronavirus – et vous devriez le vouloir aussi ». Les pro-infection prennent en exemple la varicelle. Les parents exposent régulièrement leurs progénitures à cette maladie afin de les immuniser et éviter qu’elles ne l’attrapent plus tard. Mais la varicelle n’est pas le COVID-19. « Nous parlons d’une maladie qui est probablement cent fois plus mortelle, au moins, que la varicelle », analyse David Dowdy. « J’ai aussi l’impression que les gens confondent l’idée d’immunité individuelle et celle d’immunité collective », ajoute-t-il.

L’autre risque à s’exposer au virus est d’accélérer sa transmission. En étant malade, vous pouvez aussi le transmettre à quelqu’un de plus fragile que vous, pour qui le coronavirus pourrait être mortel. « Les gens que vous allez infecter vont être vos amis et famille. Vous ne jetez pas les dés uniquement pour votre santé et votre vie, mais aussi pour tous vos proches », prévient David Dowdy.

Quand obtiendrons-nous l’immunité collective ?

« Nous n’obtiendrons pas l’immunité collective dans un futur proche. Mais les mesures que nous prenons à l’heure actuelle, comme la distanciation sociale, nous fait gagner du temps pour développer un vaccin qui, nous pouvons l’espérer, nous permettra d’obtenir l’immunité collective », affirme Gypsyamber D’Souza.

En France, l’Institut Pasteur a publié une modélisation de l’épidémie de coronavirus dans la revue Science. D’après cette analyse, 4,4% des Français auraient été infectés par le COVID-19, soit 2,8 millions de personnes. Nous sommes donc très loin des 70% requis. Le déconfinement décidé à partir du 11 mai devrait participer à augmenter le nombre de personnes infectées.

Mais les huit semaines de confinement qui ont précédé ont empêché le processus naturel de s’enclencher, comme l’a expliqué le Professeur Arnaud Fontanet le 30 avril, lors d’une audition au Sénat. « En empêchant la circulation du virus, on a empêché la population de s’immuniser naturellement et de fait dans les zones les plus touchées on a à peu près 10% de la population qui a été infectée alors que dans les moins touchées on descend à moins de 2% », a-t-il expliqué.

La Suède poursuit sa stratégie visant l’immunité collective naturelle

Dans le monde, peu de pays ont choisi la stratégie de l’immunité collective naturelle, tant elle est risquée pour sa population. Le Royaume-Uni avait dans un premier temps choisi cette option, avant de faire marche arrière toute. Ce revirement a eu des conséquences catastrophiques. Le pays compte aujourd’hui le plus lourd bilan après les États-Unis, avec plus de 35 000 morts. Les Pays-Bas se targuent également d’avoir opté pour cette stratégie, mais ont fermé écoles, restaurants, bars, salles de sport…

Au final, seule la Suède se rapproche le plus de cette stratégie. Là encore, certaines mesures ont été prises, comme la fermeture des lycées et universités, et la limitation des rassemblements à moins de 500 personnes. Le télétravail a également été recommandé. Malgré cela, les Suédois sont optimistes quant à l’arrivée de l’immunité collective. L’ambassadrice de Suède aux États-Unis, Karin Ulrika Olofsdotter, a ainsi annoncé fin avril à la radio américaine NPR : « Environ 30% des gens à Stockholm ont atteint un niveau d’immunité. Nous pourrions atteindre l’immunité collective dans la capitale dès le mois prochain ».

Pour autant, cette stratégie suédoise n’est pas sans risque. Le royaume compte à ce jour plus de 3 700 morts. C’est plus de 10 fois plus que ses voisins la Norvège et la Finlande, 7 fois plus que le Danemark.

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