Les disparités sociales accentuent les risques face au coronavirus

Accès aux soins, métiers à risque, densité de population… Les marqueurs des disparités sociales jouent tous en défaveur des populations les plus démunies face au coronavirus. Pas étonnant dès lors d’y retrouver les premières victimes de la crise sanitaire.

« Il y a dans ce pays une fracture ». La célèbre phrase du Président Jacques Chirac n’a jamais été aussi réelle. Que ce soit en France, en Suède, mais encore plus aux États-Unis, les inégalités sociales n’ont jamais aussi bien porté leur nom.

La France des télétravailleurs… et les autres

Les inégalités sont d’abord face au travail. En France, 44% des cadres ont accès au travail à distance, ce qui limite forcément les risques de contamination par le coronavirus. Les ouvriers ne sont que 3% à pouvoir en bénéficier. Dans le même temps, la moitié d’entre eux ont été en chômage partiel durant le confinement, renforçant leur précarité.

La Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus pauvres de France, a particulièrement souffert du coronavirus. Entre le 21 et le 27 mars, il y a eu 63% d’augmentation du nombre de décès là-bas, deux fois plus qu’à Paris. Dans une tribune publiées dans l’Opinion, Salima Saa, ancienne présidente de l’Agence pour la Cohésion Sociale et l’Égalité, rappelle les contours de ce constat : « les habitants de Seine-Saint-Denis sont souvent pointés comme ceux qui ne respectent pas le confinement. Eux dont on oublie si facilement qu’ils sont cette armée des ombres de la propreté, des transports, des livraisons ou des caisses des supermarchés qui permettent aux Français de survivre. Les habitants de Seine-Saint-Denis sont contaminés parce qu’ils doivent aller travailler, sans chômage partiel possible, sans télétravail. »

Les immigrés premières victimes en Suède

En Suède, les disparités sociales donnent une carte de la crise du coronavirus. A Stockholm, la capitale, les quartiers les plus pauvres ont payé le prix fort. Dans ces zones, la population immigrée représente 74% des habitants, alors qu’elle n’est que de 24,9% au niveau national. Plus de 40% des malades du COVID-19 sont des personnes d’origine étrangère.

Des chiffres alarmants liés en partie au manque d’information de ces populations immigrées. Distanciation sociale, application des gestes barrières… Des employés municipaux tentent de faire passer le message, notamment via des prospectus traduits en plusieurs langues. Un collectif de bénévoles a également lancé la campagne Tell Corona, qui repose sur des vidéos traduites dans les différentes langues parlées par les minorités suédoises.

L’Agence de santé publique suédois a révélé en avril que les premières victimes du COVID-19 étaient les immigrés d’origine somalienne, suivis par ceux nés en Irak, en Syrie, en Finlande et en Turquie. La Suède compte au 9 mai 3 220 décès et 25 921 cas positifs de coronavirus, alors que le pays n’a jamais appliqué de confinement strict.

La communauté noire américaine en première ligne

Aux États-Unis, les statistiques ethniques ne manquent pas. Elles laissent apparaître de façon encore plus visible les disparités sociales et les victimes du coronavirus. CNN révèle ainsi le 9 mai que plus d’un quart des décès liés au COVID-19 proviennent de la communauté afro-américaine, qui correspond à seulement 13% de la population totale. Dans l’Illinois, le chiffre grimpe même jusqu’à 42% des décès, pour une proportion équivalente à celle à l’échelle nationale. Dans certains États, comme au Kansas, les Noirs ont sept fois plus de chances de mourir du coronavirus que les Blancs, d’après une analyse de l’APM Research Lab.

Pour le Docteur Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases, l’explication provient avant tout des inégalités face à la santé. « Ce n’est pas que les Noirs sont plus contaminés par le coronavirus que les autres. Mais lorsqu’ils sont touchés, ils ont des comorbidités (diabète, hypertension, obésité, asthme) qui les amènent vers les soins intensifs et au final, font grimper le taux de mortalité », analyse-t-il.

Il ne faut pas y chercher là des raisons génétiques ou biologiques. Ce sont plutôt les disparités sociales qui y sont pour beaucoup. Comme en France, les plus pauvres n’ont pas le luxe de pouvoir télétravailler. Cela les met en première ligne dans la chaîne de contamination, avec des métiers à forte exposition : caissiers de supermarché, livreurs, travaux publics… Ils ne peuvent pas non plus accéder aux soins classiques aussi facilement, du fait d’assurances santé souvent très chères. Cela renforce donc leurs maladies chroniques et par conséquent les risques d’aggravation en cas d’infection par le COVID-19.

Un dernier facteur à ne pas négliger est le racisme vis-à-vis de la communauté afro-américaine. Des chercheurs de quatre universités américaines ont souligné l’importance de ce facteur dans la mortalité de cette communauté. Un collectif d’avocats et de médecins a même demandé en avril à Alex Azar, secrétaire à la Santé du gouvernement Trump, à ce que les Noirs soient testés et traités aussi bien que les autres.

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