Le paradoxe des États-Unis face au coronavirus

Premier pays victime du coronavirus, les États-Unis sont aussi particulièrement peu regardants des consignes de sécurité et de distanciation sociale nécessaires au ralentissement de la pandémie.

Les chiffres sont éloquents. Avec plus de 800 000 cas positifs de coronavirus dans le pays, soit presque un tiers du total mondial, et 45 000 décès, les États-Unis sont bien la première victime du COVID-19 dans le monde. Face à ces chiffres accablants, le pouvoir fédéral reste évasif, les États reflètent la position de leur gouverneur, et la population est perdue.

Donald Trump oscille entre cœur et raison

C’est un euphémisme de dire que la crise du coronavirus embarrasse le Président des États-Unis. Alors que sa réélection lui tendait les bras dans quelques mois, Donald Trump a vu ses certitudes voler en éclats en quelques semaines. Face à la doctrine du camp républicain et aux obligations de répondre à la crise, le chef de la première puissance mondiale est tiraillé entre deux réponses presque opposées.

« Tout est sous contrôle », matraquait-il chaque jour fin février alors qu’il n’y avait qu’une cinquantaine de cas confirmés sur le territoire. Le 9 mars, il comparait encore le COVID-19 à la grippe saisonnière dans un tweet. « Rien ne s’arrête, la vie et l’économie continuent », indiquait-il ainsi.

Les jours suivants, Trump suspendait les vols depuis l’Europe, déclarait l’état d’urgence nationale, puis donnait des consignes de distanciation sociale. Le 23 mars, deuxième revirement : il appelait à ne pas augmenter les restrictions pour ne pas tuer l’économie (et froisser ses amis républicains). Finalement, face à la crise, une semaine plus tard, le Président américain déclarait : « Ce n’est pas la grippe, c’est vicieux ». Le 1er avril, les trois quarts des Américains vivaient confinés.

Le 15 avril, il annonçait que les États-Unis ne financeraient plus l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à cause de sa mauvaise gestion du coronavirus. Puis pour faire plaisir à son camp, il twittait le 17 avril de « libérer le Minnesota, le Michigan et la Virginie » face au confinement qu’il a lui-même ordonné. Ces trois États sont gouvernés par des Démocrates. Quatre jours plus tôt, il twittait que c’était lui qui décidait de l’ouverture ou non des États en lien avec les gouverneurs. La schizophrénie à son paroxysme.

Retour aux bases le 22 avril, Trump signe un décret interdisant l’immigration pour faire face à « l’ennemi invisible ». Un geste résolument pro-républicain mais difficile à comprendre dans le contexte de la crise du coronavirus, puisque les mouvements de population sont arrêtés depuis des semaines.

La réponse inégale des États

Alors que le sommet de l’État fédéral n’apporte pas une réponse claire pour lutter contre le COVID-19, le niveau local est face à cette incertitude. A New York, principale zone touchée dans le pays, le gouverneur Andrew Cuomo a pris ses responsabilités. Des amendes contre ceux ne respectant pas la distanciation sociale, fermeture des écoles et des commerces non essentiels jusqu’au 29 avril. Le gouverneur démocrate tient également des points presse télévisés quotidiens, à tel point que sa cote de popularité monte en flèche.

Même son de cloche en Californie, où le gouverneur Gavin Newsom a été le premier à ordonner le confinement d’un État, le 19 mars. « La Californie a vraiment été à la pointe des régulations visant à garder la population chez elle, à promouvoir la distanciation sociale, à annuler les concerts et les grands rassemblements, et même à encourager les gens à se couvrir le visage. Tout ça mis bout à bout, ça fait une sacrée différence », explique à l’AFP Le Professeur Anne Rimoin, épidémiologiste à l’UCLA à Los Angeles.

Dans le même temps, en Floride, le gouverneur Ron DeSantis a décidé le 17 avril de rouvrir les plages. En quelques minutes, les habitants ont afflué, sans respect de la distanciation sociale. Cet État compte pourtant plus de 27 000 cas recensés de COVID-19 et 893 décès…

Au Texas, le vice-gouverneur Dan Patrick prônait de son coté le 23 mars sur Fox News que le confinement était une plus grande menace pour les États-Unis que le coronavirus. « Êtes-vous prêt à échanger votre vie contre tout ce que l’Amérique adore pour vos enfants et petits-enfants ? Pour ma part, ma réponse est oui », a-t-il affirmé, à la stupéfaction du présentateur.

Une population divisée

Face à ces réponses politiques opposées, la population elle-même ne sait plus sur quel pied danser. Un grand nombre d’Américains a compris le danger encouru et respecte la distanciation sociale et les gestes barrières. Dans le même temps, les manifestations anti-confinement se multiplient aux quatre coins du pays. Même s’ils sont peu fournis, ils sèment la zizanie et renforcent les risques de propagation du virus.

Les Américains s’en remettent également à Dieu pour les protéger du coronavirus. « Je suis couverte du sang de Jésus », répétait une croyante au moment d’aller à l’église, interviewée par CNN. Ces rassemblements religieux pourraient continuer à propager le virus, à l’image du cluster alsacien qui a facilité la propagation du COVID-19 en France.

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