L’application StopCovid traque le coronavirus mais pose questions

L’application pour téléphone mobile StopCovid va finalement être lancée dès le weekend du 30 mai. Elle doit aider à traquer les cas contacts des malades du coronavirus.

Elle était attendue par les uns, craints par les autres. Rarement une application mobile n’a divisé autant. Rarement une application n’a créé autant de débats. Validée majoritairement par l’Assemblée Nationale et le Sénat, l’appli va pouvoir sortir auprès du grand public, et ce dès le weekend du 30 mai. Faut-il l’utiliser ? Faut-il s’en méfier et passer son chemin ? Voici nos réponses.

L’application StopCovid, qu’est-ce que c’est ?

StopCovid, c’est une application mobile commandée par le gouvernement français. Disponible sur Android et iOS, soit la quasi totalité des smartphones, elle doit permettre de traquer les cas contacts des malades du coronavirus. Ces derniers, prévenus par l’application, devront alors rester isolés et se faire tester.

En remontant ainsi la chaîne de contamination plus rapidement, on peut ainsi éviter au coronavirus de se propager à nouveau et ainsi de provoquer une seconde vague épidémique.

L’INRIA (Institut national de recherche en informatique et automatique) a orchestré le développement, en collaboration avec un collectif d’entreprises et trois agences gouvernementales (l’ANSSI, l’INSERM et Santé Publique France)

Comment fonctionne l’application StopCovid ?

Une fois téléchargée sur votre smartphone, l’application StopCovid doit être activée manuellement. La technologie Bluetooth doit également être activée sur votre téléphone. L’application va alors fonctionner en arrière-plan, c’est-à-dire qu’elle va continuer à tourner même si vous faites autre chose sur votre téléphone ou qu’il est tranquillement rangé dans votre poche ou votre sac.

Le traçage des téléphones proches

Pendant que vous vous promenez, elle va capter grâce au Bluetooth les téléphones qui se situent théoriquement à moins d’un mètre cinquante du vôtre. Théoriquement… Car dans les faits, le Bluetooth calcule mal les distances en-deçà de 2 mètres. L’autre problème auquel se heurte l’application est le fait que les iPhones d’Apple désactivent le Bluetooth pour les applications en arrière-plan. Logiquement donc, un téléphone de la marque à la pomme ne pourrait pas être détecté par StopCovid. Cédric O, le Secrétaire d’Etat au numérique, se veut rassurant sur ce point. Le doute est néanmoins permis.

En sollicitant en permanence le BlueTooth, l’application va avoir une incidence sur l’autonomie du téléphone. D’après les concepteurs, StopCovid va consommer entre 0,5% et 3% de la batterie du smartphone, en fonction de sa capacité.

L’alerte « malade du coronavirus »

L’intérêt de l’application StopCovid est sa capacité à alerter tous les cas contacts en amont des premiers symptômes du coronavirus. Mais pour recevoir une alerte, il faut préalablement que le bout de la chaîne, la personne infectée par le COVID-19, décide de lui-même de prévenir l’application. Cette démarche personnelle et volontaire est l’une des clés du succès de l’application. Car ce n’est que lorsque la personne aura signifié à l’application qu’elle est malade du coronavirus que toutes les personnes qu’elle a croisé dans les 14 derniers jours vont recevoir une alerte sur leur smartphone. Chaque cas contact devra alors, encore une fois sur la base du volontariat, s’isoler, contacter son médecin traitant pour se faire prescrire un test sérologique.

Quelles sont les conditions du succès de l’application ?

Certains parlent déjà d’un échec, alors même que l’application n’est pas encore sortie. Ils arguent notamment qu’elle arrive trop tard, à un moment où les Français sont plus préoccupés par la reprise économique et par leurs vacances que par l’hypothétique deuxième vague. Pourtant, les risques de rechute sont réels.

Néanmoins, il est certain que les conditions de succès d’une telle application sont nombreuses. D’un point de vue technique, il faut déjà qu’elle fonctionne avec tous les types de téléphone. Seuls 80% des Français possèdent un smartphone (chiffre 2019). Parmi eux, 7% utilisent un Windows Phone, donc non compatible avec l’application StopCovid. Parmi ceux qui restent, il faudra qu’une majorité de la population accepte de télécharger l’application. C’est finalement là le point le plus sensible : le nombre de téléchargements et d’utilisation de l’application atteindra-t-il le seuil minimum pour que l’application soit un tant soit peu utile ?

Dernier point et non des moindres, il faudra que les malades jouent le jeu. Ils devront pour ça se déclarer sur l’application pour permettre à cette dernière de traquer tous les cas contacts plus rapidement que les brigades de l’Assurance Maladie.

Quels sont les risques pour les utilisateurs ?

Face à une application qui va traquer et stocker les déplacements de chaque individu, on peut se poser des questions, notamment d’un point de vue « données personnelles ». La CNIL, l’autorité française en la matière, a donné un avis positif concernant l’application StopCovid. Cette dernière est censée anonymiser toutes les données, y compris les téléphones avec qui vous rentrez en contact. Des questions de sécurité restent néanmoins en suspens. Comme sur le stockage des données, même anonymisées. Ou sur le piratage potentiel des transmissions.

Plus dangereux encore, le fait même qu’on puisse tracer une population, même à des fins de lutter contre une pandémie pose question. La France n’est pas la Chine et reste attachée à une certaine forme de liberté. Une fois encore, les concepteurs de l’application se veulent rassurants en décidant, en toute transparence de publier son code source et ses algorithmes. Mais si chacun peut effectivement vérifier le contenu du code publié, rien ne garantit que celui-ci correspond trait pour trait à celui de l’appli téléchargeable.

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