La chloroquine contre le coronavirus : au cœur des débats

Alors que le Professeur Raoult, à Marseille, poursuit ses expérimentations sur la chloroquine pour combattre le coronavirus COVID-19, le monde médical est divisé.

La chloroquine est-elle le remède miracle contre le coronavirus COVID-19. A Marseille, le Professeur Didier Raoult le pense depuis ses premiers tests. Le Directeur de l’Institut Hospitalier Universitaire (IHU) de la cité phocéenne a, depuis, publié une seconde étude le 28 mars. Cette fois, 80 patients ont été testés, avec un âge médian de 52 ans et 58% présentant des facteurs aggravants. Pendant six à dix jours, les malades ont reçu de la chloroquine (sous la forme d’hydroxychloroquine) associée à un antibiotique. Au final, 65 cobayes sont sortis de l’hôpital en moins d’une semaine, 1 était encore en soins intensifs après dix jours et 1, âgé de 86 ans, est décédé. Pas d’information sur les 13 autres, dont certains ont quitté l’étude en cours de route. Malgré ces manques, le Professeur Raoult a jugé les résultats positifs.

Des soutiens au plus haut niveau de l’Etat

Ces résultats ont en tout cas poussé le monde médical français à autoriser l’utilisation de chloroquine dans le traitement du coronavirus en milieu hospitalier. Ainsi, le Ministre de la Santé, Olivier Véran, a validé, via un décret publié le 26 mars et modifié le lendemain, l’utilisation de ce médicament à l’hôpital, uniquement dans les cas les plus graves, sous la supervision d’un médecin. « Ces prescriptions interviennent, après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut conseil de la santé publique et, en particulier, de l’indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d’une défaillance d’organe », est-il ainsi indiqué.

De son côté, l’ancien Ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, a lancé un appel au Président de la République pour demander une plus large utilisation de la chloroquine pour les malades atteints du coronavirus.

Philippe Douste-Blazy n’est pas neutre car membre du Conseil d’Administration de l’IHU Marseille où exerce donc Didier Raoult.

Pour autant, certains médecins poussent également dans le même sens, incitant les pouvoirs publics à prendre des mesures pour autoriser une médication plus généralisée à base de chloroquine. Face à l’urgence sanitaire, des médecins de ville prescrivent même, illégalement, ce produit à des patients atteints du virus. Au point que certaines pharmacies, comme à la Réunion, sont déjà en rupture de stock. Aux Etats-Unis, l’instance réglementant l’usage des médicaments (FDA) a autorisé l’usage de la chloroquine pour traiter le coronavirus depuis le 30 mars.

Des méthodes critiquées

Mais le Professeur Raoult et la chloroquine ont également leurs détracteurs. La première étude avait été controversée, la deuxième tout autant, malgré un nombre plus important de patients testés. Le monde scientifique lui reproche notamment l’absence de groupe-contrôle, à qui on n’administre pas le traitement étudié mais un placebo, pour déterminer l’efficacité du médicament.

Autre reproche qui lui est fait : l’étude se porte essentiellement sur des patients ayant des symptômes légers au départ, et donc peu représentatif des pathologies réellement observées. De manière générale, on ne sait pas vraiment à quel stade de la maladie sont arrivés les 80 cobayes.

Enfin, le résultat est jugé d’un point de vue biologique : présence ou non de charge virale au bout de quelques jours. L’important serait plutôt de savoir si le patient va mieux, d’un point de vue clinique : est-ce que ses poumons vont mieux, par exemple.

La chloroquine, médicament jugé dangereux

Outre ces approches méthodologiques suspectes, la chloroquine elle-même, est mise sur le banc des accusés. Trois morts, potentiellement liés à la prise de cette molécule qui sert habituellement à traiter le paludisme, ont été rapportés à l’Agence française du médicament (ANSM). Des enquêtes sont en cours pour déterminer la cause réelle de ces décès. Mais l’ANSM a rappelé qu’en « aucun cas ces médicaments ne doivent être utilisés en automédication ».

Par ailleurs, la chloroquine, vendue également sous le nom de Plaquenil, présente un nombre importants d’effets secondaires. Elle peut également causer des troubles cardiaques importants, pouvant entraîner la mort. A haute dose, la molécule peut même devenir un poison. A ce sujet, l’ARS de Nouvelle Aquitaine a signalé « des cas de toxicité cardiaque suite à des prises en automédication de Plaquenil face à des symptômes évocateurs du COVID-19, ayant parfois nécessité une hospitalisation en réanimation ».

Des études plus scientifiques pour clore le débat

Face au questionnement de l’ensemble de la société, plusieurs instituts vont développer des études à la méthodologie irréprochable sur la chloroquine pour faire face au coronavirus. En plus de son efficacité, sa non toxicité sera également jugée. Le CHU d’Angers va observer 1 300 patients âgés de plus de 75 ans. « Cette étude sera réalisée dans des conditions qui ne laisseront pas de place au doute dans l’analyse des résultats », a indiqué le Professeur Vincent Dubée, à l’initiative du projet.  Sur le plan européen, l’essai clinique Discovery a déjà débuté et porte sur quatre traitements potentiels, dont la chloroquine.


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