Les enfants sont-ils autant porteurs du coronavirus que les adultes ?

Alors que le gouvernement a annoncé la réouverture des écoles à partir du 11 mai, la question se pose de l’immunité des enfants face au coronavirus. Si les cas graves sont moins fréquents chez les moins de 16 ans, des questions restent sans réponse.

Ils étaient les premiers exclus du « vivre ensemble ». Les enfants pourraient devenir dès le 11 mai les premiers à retrouver une vie sociale si la réouverture des écoles se confirmait. Le retour des moins de 18 ans à l’institution éducative soulève de nombreuses questions, tant pour les parents que pour les enseignants. Quels risquent vont encourir les personnels de l’Éducation Nationale et les enfants eux-mêmes face à un coronavirus toujours présent dans la société ?

Les enfants moins touchés que les adultes

Une chose est certaine : les enfants contractent moins le coronavirus que les adultes. Une étude islandaise réalisée sur 6% de la population totale de l’île montre que les enfants de moins de 10 ans sont deux fois moins atteints par le COVID-19 que les autres.

Même son de cloche du côté du CHU de Toulouse, qui a réalisé sa propre étude. « Ce qui est plus étonnant, c’est que nous avons pu objectiver que les enfants sont moins fréquemment infectés que les adultes. Il y a simplement 2% des enfants accueillis aux urgences qui ont été infectés, contrairement aux adultes où le pourcentage est de l’ordre de 25% sur la même période », affirme Jacques Izopet, chef du pôle biologie et chef de service de virologie au CHU de Toulouse.

A Marseille également, à l’IHU du Professeur Didier Raoult, on a testé plus de 3 000 enfants. Seuls 10% se sont révélés positifs au COVID-19. « Par rapport au nombre de cas dans la population, c’est assez exceptionnel pour une maladie respiratoire que les enfants soient si peu touchésc’est ce qui nous a le plus surpris », rapporte à La Provence Aurélie Morand, pédiatre dans le service du Professeur Brigitte Chabrol à l’hôpital de la Timone.

Les enfants moins en danger que les adultes

Autre certitude, lorsqu’ils sont touchés, les enfants le sont de manière beaucoup plus légère. Si deux décès de mineurs (une adolescente de 16 ans et un enfant de 10 ans, qui présentait également des fragilités) sont à déplorer en France depuis le début de la pandémie, il s’agit d’exceptions. D’un point de vue mondial, moins d’1% des décès concernent les moins de 18 ans. A New-York, où le coronavirus a déjà fait plus de 6 000 morts, seuls 3 jeunes de moins de 17 ans ont péri, tous ayant des terrains fragiles.

La Société française de la pédiatrie rapporte de son côté que « les enfants de moins de 15 ans représentent moins de 1% des admissions en réanimation au 5 avril en France ». Compte-tenu de ces éléments, il n’y a donc presque aucun risque pour les enfants de les remettre en collectivité. Si on souhaite augmenter l’immunité collective de la population, c’est même une nécessité.

La question épineuse de la transmission du coronavirus des enfants aux adultes

Reste donc la question du danger pour les adultes : personnels de l’Éducation Nationale et parents encore non contaminés. A savoir : les enfants atteints du coronavirus sont-ils susceptibles de le transmettre aux adultes autour d’eux ? A ce jour, des éléments de réponses existent, mais la question n’est pas définitivement tranchée.

Une étude menée dans les universités de Fribourg (Suisseà et Melbourne (Australie), publiée en mars dans la revue The Pediatric Infectious Disease Journal, indique que « l’importance des enfants dans la transmission du virus reste incertaine ». Elle souligne par ailleurs que « la majorité des enfants infectés présentaient un parent porteur du virus au préalable ». Cela laisserait donc penser que la transmission s’est faite de l’adulte à l’enfant et non l’inverse. Trois études menées en Chine présentent des constats similaires. L’observation est la même en France, comme l’indique le pédiatre infectiologue Robert Cohen à Franceinfo : « Huit fois sur 10, il y a un contaminateur dans la famille malade avant eux ».

La tendance est confirmée par une étude publiée le 11 avril dans la revue Clinical Infection Diseases. Les chercheurs français de Santé publique France y expliquent qu’un enfant de 9 ans, atteint par le coronavirus, mais aussi par la grippe saisonnière et par un rhume, a fréquenté trois écoles et une classe de ski. Il a ainsi côtoyé pendant cette période 102 individus, dont 66 ont été considérés comme présentant un risque important de contamination. Tous les contacts de cet enfant présentant des symptômes respiratoires ont subi des tests sérologiques. Le résultat montre qu’aucun contact n’avait contracté le COVID-19, mais 20 étaient porteurs du virus de la grippe et 10 enrhumés. Si cela ne démontre rien, cela tend à confirmer l’hypothèse que le coronavirus chez l’enfant se transmet moins que les virus respiratoires classiques.

Une nouvelle étude pour lever les doutes

Face à l’incertitude et l’inquiétude de toute une frange de la population, le Professeur Cohen a lancé mardi 14 avril une étude sur les enfants et l’impact du coronavirus. Au total, 600 enfants d’Île-de-France vont être testés : « 300 enfants présentant des signes cliniques compatibles avec une infection due au COVID-19 et 300 enfants sans aucun symptôme, venant pour des vaccinations ou des problèmes non infectieux ». Les résultats arriveront d’ici un mois ou deux, mais Robert Cohen ne désespère pas d’avoir des premiers retours avant la mise en place du déconfinement.

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