COVID-19 ou la crainte d’une résurgence du racisme anti-asiatique

L’impérieuse nécessité de trouver un coupable. Une raison à tout malheur. Comme si cela pouvait tout changer. Et évidemment, dans le cas du COVID-19, le coupable semble tout trouvé : la Chine, berceau de ce virus apparu à Wuhan, dans la province du Hubei. La Chine, donc les Chinois. TOUS les Chinois. Et même tous les Asiatiques tant qu’à faire puisqu’il est si facile de mettre tout le monde dans le même sac quand on ne sait pas, ou ne veut pas, faire le distinguo entre les différentes cultures de ce continent. Certains médias, par maladresse ou par volonté de faire le buzz, ont déjà eu vite fait de faire des amalgames catastrophiques. Sans parler d’un journaliste ne trouvant rien de mieux que d’insulter – en direct sur une chaîne d’info en continu – une cérémonie funéraire en Chine en se demandant s’ils « sont en train d’enterrer des Pokémon ».

Aujourd’hui, avec le début du déconfinement qui se profile en France le 11 mai, certains redoutent une seconde vague épidémique. Inquiétude légitime. Personnellement, j’y ajouterai une autre inquiétude. Tout aussi légitime. Celle de voir déferler une seconde vague de racisme anti-asiatique. La première avait eu lieu au début de l’épidémie, souvenez-vous… Sur certaines vidéos postées sur les réseaux sociaux, on avait vu des personnes refuser l’accès à une rame de métro à un voyageur dont le seul tort était d’être d’origine asiatique. Ou alors se cacher ostensiblement le visage, une attitude parfaitement légitime si elle ne s’appliquait pas uniquement en face d’un ou une Asiatique. Comme s’il s’agissait de pestiférés qu’il s’agissait de mettre à l’écart de la société. Que de respirer le même air devenait dangereux. Comme si le virus avait un unique dénominateur commun : la Chine.

« Ce manque d’éducation peut conduire à de véritables drames et à une fracture sociale »

Et encore, ces réactions n’étaient rien en comparaison des agressions, verbales ou physiques, subies par certains. Une de mes amies, chinoise, m’avait ainsi raconté s’être fait cracher dessus à un arrêt du Tram parisien par quelqu’un lui reprochant de diffuser ce virus. Alors qu’elle n’avait pas mis un pied dans son pays de naissance depuis plusieurs années. Mais quand bien même l’aurait-elle fait que rien n’autorise une telle agression, motivée par un cocktail désastreux de peur du virus, de rejet de l’inconnu et d’un racisme latent, même si pas toujours conscient. Faut-il condamner toutes les personnes ayant changé de trottoir pour ne pas croiser la route d’un Asiatique au début de l’épidémie ? Non. Faut-il les éduquer ? Oui, très certainement. Car ce manque d’éducation peut conduire à de véritables drames et à une fracture sociale. Ou économique.

Comment justifier par exemple le fait que les restaurants chinois, mais aussi japonais ou coréens, ont vu leurs chiffres d’affaires s’effondrer en janvier et encore plus en février à cause du coronavirus ? Les gens pensent-ils réellement que ces restaurants importent leurs aliments du marché de Wuhan, situé à plus de 10 000 kilomètres de là ? Estiment-ils réellement que ces lieux représentent un plus grand danger, juste parce que le personnel est d’origine asiatique dans la majeure partie des cas ? Ou bien ne s’agit-il là que d’une décision ne reposant sur rien d’autre qu’une peur irrationnelle conduisant à discriminer davantage une population et à laisser croître un racisme révoltant ? La réponse, vous l’avez eue au moment où l’Italie a été frappée de plein fouet par l’épidémie, ce qui n’empêchait pas les gens de savourer pizzas et pasta aux quatre coins de l’Hexagone. Sans peur, ni reproche.

Tristement, cette première vague a cessé quand l’épidémie est devenue pandémie. Que la menace n’était pas d’origine asiatique, mais virale. Que le faciès de votre voisin ne déterminait pas son degré de contagiosité, mais qu’il convenait d’utiliser des gestes barrières vis-à-vis de tous. Des gestes barrières qui, ironie de l’histoire, s’avèrent bien plus ancrés dans les cultures asiatiques que dans les nôtres. Comme quoi, ce qu’on croit parfois être le problème peut surtout être un début de solution. Néanmoins, avec le début du déconfinement et un retour à une certaine vie sociale, limitée certes, pourrait voir réémerger ce racisme anti-asiatique. Cette fameuse seconde vague. Pour quelle raison ? Principalement, pour ne pas dire exclusivement, en raison de l’attitude du gouvernement chinois, dont la transparence n’a jamais été la qualité première. Ni même une qualité tout court.

« Nous avons TOUS souffert de la même façon des conséquences de ce COVID-19 »

Donc oui, il convient de s’interroger sur ce qui a été fait par ce gouvernement chinois entre le 8 décembre – date du premier cas recensé de COVID-19 – et le 20 janvier – date de la décision de boucler la ville de Wuhan. A-t-il menti sciemment et caché des informations ? Certainement, même si cela ne m’appartient pas, simple citoyen français, de le dire car finalement, je n’en sais rien. Ce que je sais en revanche, c’est que de faire de la population chinoise – et encore une fois j’insiste sur les amalgames entraînant l’ensemble de la population asiatique – un bouc-émissaire sur lequel se défouler en sortie de crise serait scandaleux. Humainement, car nous avons TOUS souffert de la même façon des conséquences de ce COVID-19. Ce serait aussi nier la solidarité à l’œuvre durant cette crise, avec les nombreux masques et soutiens apportés par de nombreux Chinois. Depuis le début du confinement, j’ai reçu à de nombreuses reprises des messages d’amis chinois, coréens ou thaïlandais me demandant si j’avais des masques, si je voulais qu’ils m’en envoient. Et je ne suis pas le seul, loin de là, à avoir reçu ce type de messages.

Cette solidarité à l’œuvre lors de cette crise ne doit pas être emportée par une vague de racisme. Jamais. Peut-être mon espoir est-il utopique. Mais peut-être aussi que certains se souviendront que durant ce confinement, leur voisin était d’origine asiatique. Que lui aussi avait peur d’attraper ce virus. Que lui aussi a peut-être perdu un proche à cause de ce virus. Que lui aussi a peut-être perdu son boulot ou son commerce à la suite de cette crise sanitaire. Que lui aussi, donc, est une victime du COVID-19. Et en plus de tout cela, il devrait être discriminé, insulté, condamné ou rejeté juste parce qu’il est d’origine asiatique ?

Cédric Callier

A propos de l’auteur

Cédric Callier est journaliste sportif à la base mais amoureux des différentes cultures asiatiques. Il a voyagé en Chine, au Japon, en Corée du Sud, en Thaïlande, en Indonésie ou encore aux Philippines afin de mieux en saisir les aspects. Il a été sensibilisé à la question du racisme anti-asiatique en France par le collectif « Ca reste entre nous » lancé notamment par l’auteur Grace Ly ainsi que par le magazine Koï, fondé par Julie Hamaïde.

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